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1980, Nord du Chili, sous la dictature de Pinochet. Les terres arides du désert d’Atacama ne sont ensemencées que par les fosses communes du régime.
Rocío, ancienne étudiante en médecine, a suivi son mari, Carlos, lieutenant de police, affecté à la réserve de Huara où il n’y a rien à faire et trop à méditer. Carlos consigne dans un cahier son ennui, ses doutes et ses inquiétudes concernant l’état psychologique de sa femme.
Car Rocío, elle, n’est pas seule. À la différence des autres « Blancs », elle voit les villageois andins qui fuient leur présence comme une malédiction ; elle voit les chiens retournés à l’état sauvage rôder, craintifs et affamés, autour de la déliquescence morale des oppresseurs ; et surtout elle entend ces voix d’enfants qui l’habitent, comme le remords de son ventre infécond, comme le cri vengeur d’un peuple et d’un lieu martyrisés.
Chiens féraux, le premier roman de Felipe Becerra Calderón, a reçu au Chili le prestigieux prix Roberto Bolaño en 2006.
Dans ce roman surréaliste et polyphonique, Calderón explore les effets de la folie et de la solitude sur deux êtres ordinaires qui ont la particularité d’appartenir au camp des bourreaux. Il nous offre un texte dense, où la langue se fait schizophrène pour chanter la contagion du mal.
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Traduit de l’espagnol (Mexique) par Sandy Martin et Brigitte Jensen
Publié en 2010 aux éditions Anne Carrière
Distribué en version numérique par Christophe Lucquin Éditeur
ISBN 978-2-36626-006-9 |
Ils en parlent
Le Figaro Littéraire
« Chiens féraux est un ovni littéraire. Sans doute le livre le plus étonnant de cette rentrée. Le plus bizarre aussi. […] Felipe Calderón a trouvé sa place : poète du mal, de l’indicible. »
La chronique de Bruno Corty à lire ici.
Coup de cœur de la Fnac
« Merveilleux… Une révélation littéraire et une écriture au delà de la modernité… Un huis clos intense dans un Chili de sable. Solitude, hallucinations, voix intimes… Un livre qui brasse les univers profonds de la fragilité de l’esprit. »
Artpress, septembre 2011 (Olivier Renault)
« L’ensemble est d’un baroque onirique, mâtiné de science-fiction, mêlant les registres d’écriture. Un roman sonore : tout bruisse, tinte, chuchote, chante, crie. L’ouïe est la clé. « Car ma génération n’a pas vécu la dictature, elle l’a seulement entendue. […] Nous sommes entrés par ouï-dire dans cette histoire », précise l’auteur dans sa préface. Troublant écho sonore de l’horreur. On en sort en méditant. »
Note de l’éditeur
Il y a des choses tellement belles qu’on n’y croit pas.
Le 17 mars 2011 restera une date très importante dans la jeune histoire de LC éditions. Non, il ne s’agit pas d’un rêve qui devient réalité, trop cliché et tellement hors de propos en fait. Non, il s’agit d’un texte que j’ai découvert il y a de cela deux ans et demi maintenant. Texte qui m’avait bouleversé. Ce texte écrit par un jeune auteur chilien Felipe Becerra Calderón m’avait littéralement fait frémir. Je jurai alors à son auteur de tout faire pour qu’un jour son texte soit publié en France. Il me paraissait tellement injuste d’être l’un des seuls sur cette terre à l’avoir lu. Il me paraissait tellement injuste que ce jeune auteur n’ait pas encore été repéré ici en Europe. Alors, quand j’ai lancé la maison, j’ai bien sûr tout de suite contacté Felipe pour l’informer de mon désir de le publier. Felipe, toujours enthousiaste et fidèle m’a toujours fait confiance, il m’a attendu. Il m’a dit oui. Nous avons traduit son Bagual original, nous avons sorti Chiens féraux.
Et ce jeudi 17 mars, les éditions Anne Carrière m’appellent et me dit : Nous voulons ce texte pour notre prochaine rentrée littéraire !
Et moi, je dois l’avouer, une fois notre conversation téléphonique terminée, quelques larmes sont tombées. Des larmes de joie qui sont venues me purifier d’une certaine tristesse, tristesse de ne pas être plus, tristesse de ne pas pouvoir faire plus pour tous les auteurs qui font confiance à LC éditions. LC éditions a été lancé en décembre 2010. Si j’ai créé cette maison, c’est parce que je crois en la littérature comme je crois au chocolat. Pas de fioriture, mais, de la simplicité, de la sincérité, des personnes qui à un moment donné ont ressenti le besoin d’écrire, pas avec un désir idiot de reconnaissance, juste un besoin. Ils ont écrit avec leur cœur, et pour moi, c’est ça la littérature.
Ce sont des textes qu’on ne se contente pas de lire, ce sont des textes que l’on vit tout simplement.
Je vous donne donc rendez-vous le 25 août pour découvrir ce fabuleux premier roman de Felipe Becerra Calderón, nouvelle voix de la littérature Sud-américaine.
Christophe Lucquin
Vidéo
Felipe lit un extrait de son texte.
La vidéo ici.
Extrait
Mère, à mes vingt-deux ans,
ce rosaire de rêves que tu connais si bien.
« Devenir fou, c’est comme ne pas être né. »
Osvaldo Lamborghini
I
On ne peut pas continuer comme ça, maman, on ne peut pas. Il fait si froid, ici, dans l’ombre, dans ce tourbillon noir. Et ce sifflement persistant, comme une douleur, maman chérie. Laisse-nous leur raconter ton histoire, laisse-nous nous délivrer de tout ce fardeau, s’il te plaît, on ne fera de mal à personne. On ne peut pas continuer comme ça. Les amis veulent connaître ton histoire. Leur confier ce qui t’est arrivé ne te fera aucun tort. Et nous, on sera soulagés. Tu vas voir, maman chérie, on ne pleurera plus, on ne va plus te griffer, la nuit, on ne cognera plus sur ta tête pour que tu t’ouvres de part en part. Tu vas voir, on sera bien sages. Allez. Laisse-nous leur raconter ta vie, laisse-nous décrasser nos petits corps blancs, maman chérie. Seulement ça, rien de plus. Nous allons chanter pour vous, les amis, l’histoire de Rocío, notre maman. Elle est là, par ici, elle regarde dehors, à demi cachée derrière les rideaux. Vous l’ignorez, c’est pour ça que nous vous l’apprenons : nous sommes en l’an 1980 et ce village, c’est le village de Huara. Ici, les amis, c’est le désert du Chili. Nous n’habitons pas ici, nous n’habitons dans aucun village d’ailleurs, et dans aucun désert. Mais d’ici, nous pouvons tout vous raconter, parce que d’ici, nous voyons tout. Nos petits yeux embrumés ne se ferment jamais. Voilà pourquoi nous allons vous chanter cette histoire, pour fermer les yeux et pouvoir dormir longtemps. Mais nous nous égarons. Pardon, c’est que nous n’avons pas l’habitude. Regardez-la, elle transpire comme une bête, la pauvre.Il fait au moins cent degrés. Elle n’est pas encore accoutumée à la chaleur de ce patelin poussiéreux. Ça fait plus d’une heure qu’elle regarde à travers les rideaux pour voir si quelqu’un passe sur le chemin de terre. Mais non, personne ne passe jamais sous ce soleil impitoyable. Là, elle lève la tête, et le bleu du ciel l’éblouit à tel point qu’elle doit fermer les paupières. Nous n’aimons pas cette maison. Elle a la même couleur criarde que le ciel, et son arrière-cour s’étend sur des kilomètres et des kilomètres de sable. C’est l’une des plus belles maisons du village, c’est vrai, mais nous ne l’aimons pas. Nous n’aimons pas non plus Carlos, le mari de maman, le mari de Rocío. Ce n’est pas notre père, nous n’avons pas de père, d’ailleurs, eh non, puisque nous sommes nés d’une femme seulement, comme ce fut le cas pour la maman du Christ Jésus. À cause de Carlos, elle est venue s’installer dans ce village aride. Il est brigadier de police, il a été transféré de Valparaíso. Ils se sont connus là-bas, mais maintenant ils habitent dans ce coin perdu, tout entouré de pierres. C’était mieux quand Rocío vivait au port : nous aimions la mer, le sable humide, et elle étudiait à l’université. Vous ne le saviez pas encore, mais Rocío allait à l’université. Elle faisait médecine, et voulait soigner les gens. Vous voyez comme maman est bonne ! Mais nous n’avons pas toujours été très sages. Elle n’arrête pas de regarder par la fenêtre. Quelques cartons non encore déballés sont restés éparpillés dans la petite salle à manger. Une mouche verte barbote dans une flaque de beurre fondu. Une corbeille à linge renversée. Un midi aride à tout point de vue.
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